Interview du 10/10/2008


Deux semaines avant la sortie du dernier album de Johnny Halliday, Ca ne finira jamais, nous avions rencontré Philippe Uminski pour évoquer avec lui son expérience en tant que réalisateur sur cet album ainsi que ses autres projets en cours.

Pour commencer, comment en es tu arrivé à travailler avec Johnny Halliday ?

C’était le 1er mai 2008, et le directeur artistique de Johnny Halliday m’a appelé à 9h du soir et m’a dit : « Philippe tu es choisi pour réaliser le prochain Johnny, est ce que tu es libre ? ». Et là j’ai cru m’évanouir… Ca fait un choc, on ne s’y attend pas ! Du coup, on est parti une semaine après à Los Angeles se rencontrer et faire connaissance, prendre les tonalités des chansons, discuter du disque, etc… Ensuite, je suis parti à Londres, enregistrer en live dans un vieux studio du genre de celui des Beatles en 68, puis on a continué à Los Angeles jusque mi-septembre. C’est un album assez roots de Johnny, pas comme ces dernières années. C’est un bon Johnny, bien rock !


D’après toi, qu’est ce qui a fait qu’on t’ai choisi pour réaliser cet album ?

Parce que je suis bien rock, et qu’il voulait un disque rock, qui soit différent de tout ce qu’il avait fait ces dix dernières années. Il y a eu des choses très bien de temps en temps, mais très lissées. Et lui-même avait envie, ce qu’il a amorcé avec le disque de blues, d’être plus roots, de revenir à des choses plus vivantes. En tant que réalisateur, j’adore le live, je travaille à l’ancienne, et je ne suis pas très raisonnable dans ma manière de travailler. Je crois que c’est pour ça qu’ils m’ont choisi, pour qu’on prenne un peu des risques. Chacun a son idée de Johnny, il y a probablement des gens pour qui Johnny c’est « Oh Marie si tu savais…». Mais pour moi Johnny c’est les années 70, quand il faisait « Quoi ma gueule », « J’ai oublié de vivre», tout ce genre de trucs, plus rythm & blues. Une époque où il pétait les plombs sur scène, où il était violent, cassait des micros… Il paraît qu’un jour Mick Jagger est venu voir un concert de Johnny Halliday en disant : « Je viens voir le meilleur performer de la planète ». J’avais envie de renouer avec cette époque là.
Les titres ce n’est pas moi qui les ai écrit, on me les a donné. Donc j’ai travaillé sur cette base car je suis arrivé assez tard sur le projet. Jusque là c’était Yvan Cassar qui réalisait les disques de Johnny. Je suis arrivé trois semaines avant de rentrer en studio, donc ça a été très court. J’avais des chansons de qualité mais assez variété en fait, et on a beaucoup travaillé sur ces chansons pour en faire des chansons de rock. Je crois qu’on a bien réussi de temps en temps !


Est-ce que tu peux nous expliquer comment s’est étalé ton travail sur tout l’été et début septembre également ?

Comme je le disais, en juin pendant 12 jours on a enregistré le groupe en live à Londres, sans Johnny. On lui envoyait la musique le soir, il écoutait, on en discutait au téléphone… C’était génial ! Il y avait Maxime Garoute, Johan Dalgaard et Alain Lanty, qui ont joué sur mon album. Laurent Vernerey était là aussi, c’est un excellent bassiste parisien qui joue sur énormément de disques. Et il y avait le guitariste de Paul Mc Cartney, Bryan Ray. Ca, c’était le groupe, et on a enregistré 17 titres en 12 jours. Rien n’était prêt parce que je n’avais rien préparé. On se mettait au travail le matin et le soir on enregistrait la chanson en une prise à l’ancienne. Toute la journée, je les faisais bosser. On prenait une chanson et on la faisait en chant tyrolien, puis en java ou en rock à la Springsteen, et ensuite limite en punk garage. On passait par toute la moulinette et à la fin on se mettait d’accord pour arriver à quelque chose. C’était assez intéressant comme manière de travailler. Très libre ! Donc on est sorti au bout de 12 jours avec un disque qui ressemblait beaucoup, dans l'esprit, à un disque des Rolling Stones.

Là, on a terminé le mixage de l’album de Julien Déniel, l’ancien chanteur d’Arkol avec Valentin Montu, pendant 5 jours à ICP à Bruxelles. Le disque sortira en janvier. Je n’ai pas eu un jour d’arrêt !
Le lendemain je prenais l’avion pour Los Angeles pour enregistrer, avec le batteur d’Elvis Costello et Brian Ray, une chanson de Cabrel qui s’était rajoutée pour le disque. En juillet, j’ai passé 3 semaines à Los Angeles à enregistrer le chant de Johnny et à faire tous les overdubs : ajouter les cuivres, les chœurs, etc... Donc 3 semaines de folie avec Johnny qui est hallucinant quand il chante : c’est la classe absolue, je pourrais en parler des heures… Je savais que c’était une star, maintenant je sais que c’est une rock star ! Une force de la nature, un mec en or !
Le 1er août on a terminé, là je suis rentré en France et j’ai écrit toutes les cordes pendant 15 jours, puis on a fait les prises. Je suis allé à ICP avec Erwin Autrique qui est l’ingénieur du son qui a fait mon album et avec qui j’aime travailler faire des pré-mix pour l’album de Johnny et après on est reparti à Los Angeles pour mixer le disque avec Bob Clearmountain qui a mixé les Stones, Mac Cartney, David Bowie, etc…

(Arrivée d’Aurore Crévelier)

Oh Aurore ! Aurore aussi a joué sur le disque, et elle est embauchée sur la tournée de Johnny comme pianiste…
Tout cela nous mène à aujourd’hui, et actuellement, je travaille sur le prochain Calogero.


Quel est ton bilan de cette expérience humainement et professionnellement ?

Génial, car pour quelqu’un qui réalise des disques en France, Johnny c’est une sorte d’accession. En général il faut être beaucoup plus chevronné que moi pour atteindre ça. Je ne pensais pas que je pouvais être pressenti pour ce disque. Déjà c’est assez flatteur. Ensuite, je suis vraiment content du résultat et de ma relation avec Johnny. Ca c’est très bien passé. On ne parlait que de rock. Chaque fois qu’on mettait un effet, parlait de la batterie, on parlait de Jerry Lee Lewis, de John Lennon, des Rolling Stones, etc… Donc ça a été une vraie rencontre musicale. Alors, je ne prétends pas devenir l’ami de Johnny. Il a toute sa vie, il l’a passé à rencontrer des gens, à être sollicité… Je pense que tu passes dans sa vie à un moment donné. Mais du coup je pars en tournée avec lui ! Ca c’est le grand scoop, je suis directeur d’orchestre. Donc je vais partir un an en tournée avec lui et faire répéter le groupe. Je repars aux Etats-Unis en mars-avril. Je serais même sur scène normalement… Donc le bilan, évidemment il est excellent de ce point de vue là !

Après, j’aimerais avoir un peu de temps pour m’occuper de mes affaires à moi, de mon disque, et évidemment en écrire un autre. Car comme le sait mon cher public, mon disque, malgré le fait qu’il soit passé quelques fois à la radio, la sortie a été assez mal travaillée. Donc j’attends de voir ce qui va se passer, mais je n’abandonne pas. Les gens qui s’y intéressent nous reverrons, c’est juste une affaire de temps et de chance.


Tu me disais que tu travaillais avec les Têtes Raides aussi actuellement ?

Oui. On fait un remix avec Valentin Montu de Ginette, le standard des Têtes Raides, pour leur compilation anniversaire. On a rencontré Christian parce qu’il est venu faire un featuring sur le disque de Julien Déniel justement. A cette occasion, on s’est aperçu qu’on avait des amis en commun, Romain Humeau notamment. Ca s’est très bien passé, et donc du coup il a pensé à nous pour essayer quelque chose. D’ailleurs c’est assez rigolo car Christian est un fan absolu de Johnny… Il a fait des pieds et des mains pour arriver à faire la première partie aux Vieilles Charrues ! Donc tout ça c’est vraiment la quadrature du cercle, et ça se réunit de façon assez rigolote !


Valentin, un petit mot à ajouter ?

En ce moment je travaille beaucoup avec Philippe sur les Têtes Raides effectivement. Sinon je viens de terminer un 5 titres d’un groupe de rock que j’ai monté avec des copines à moi il y a bientôt un an, ça fait déjà pas mal de trucs pour m’occuper !